La Californie a voté une loi en mai 2018 qui exigera toute nouvelle construction à être dotée de panneaux solaires à partir de 2020. Washington D.C. et les États du New Jersey et du Massachusetts songent à imiter cette réglementation sur leurs territoires respectifs. Ces initiatives seront grandement bénéfiques pour les États-Unis où 29% des gaz à effets de serre (GES) proviennent de la production énergétique, comparativement à 0,7% au Québec.

Au Québec, la transition énergétique ne se fera donc pas au niveau de la production, mais davantage au niveau de l’utilisation de l’énergie. Si le Québec n’a pas à transformer ses modes de production énergétique, étant déjà à 99,8% renouvelables, plus d’efforts doivent être mis de l’avant afin d’accélérer la transition de la consommation énergétique. Le secteur de la mobilité est encore hautement dépendant des combustibles fossiles et, outre le parc automobile, le transport ferroviaire et les autobus attendent toujours leur modernisation.

L’électrification des transports

Le virage semble toutefois s’être déjà inéluctablement amorcé. Le Réseau Express Métropolitain (REM), qui viendra pratiquement doubler la superficie du réseau de métro montréalais en seulement 5 ans avec un modèle de financement révolutionnaire, séduit déjà plusieurs autres métropoles occidentales. Ce projet pourrait être en quelque sorte le porte étendard de l’électrification des transports québécois.

Lion, une entreprise de Saint-Jérôme dont plus de 50% de sa production est voué à l’exportation, espère rendre nos flottes d’autobus scolaires et urbains 100% électriques avec une technologie innovante de batteries interchangeables qui permet d’éviter les délais de recharge.

Les statistiques SAAQ-AVEQ  prévoient que le nombre de véhicules électriques sur les routes québécoises passeront de 24 000 à l’été 2018 à 100 000 en 2020, pour ensuite atteindre un million de véhicules d’ici 2030 — ce qui représenterait 20% du parc automobile québécois.

Déjà bien implanté dans le secteur du transport terrestre avec 31 900 emplois et 10,1 Md $ de ventes annuelles, le Québec se développe aussi une expertise dans la filière du transport électrique. Selon le Gouvernement du Québec, ce secteur devrait atteindre 5 000 emplois et des investissements de 500 M$ de dollars d’ici 2020.

« Internet of Energy »

Tant avec les transports que l’Internet des objets (IoT), l’électrification massive en cours cause sans surprise une augmentation de la demande en énergie et donc une pression supplémentaire sur les réseaux. Heureusement, les mêmes technologies qui entraînent une hausse de la demande, rendent également possible une gestion plus intelligente de l’énergie en permettant par exemple de mieux maîtriser les pointes de demande énergétique.

La numérisation et l’intelligence artificielle permettent de développer le Internet of Energy (IoE). Selon l’économiste américain Jeremy Rifkin, l’IoE est l’infrastructure de la troisième révolution industrielle. L’IoE passe d’une part par la connectivité de tous les intrants et les extrants du système énergétique, des centrales de production aux thermostats, en passant par les stations météorologiques et d’autre part par l’utilisation d’intelligences artificielles servant à la prédiction de la consommation et de la production énergétique en temps réel.

Le déploiement de l’IoE est déjà en branle et plusieurs entreprises québécoises, comme Casa Connect, n’ont pas manqué à l’appel. Cette entreprise de Beloeil offre un système de contrôleurs intelligents qui utilise des processus dérivés de l’intelligence artificielle et du big data permettant de gérer la consommation énergétique de manière intelligente et automatique.

« Vehicle to Grid »

Les véhicules électriques permettent l’introduction du concept de Vehicle to Grid (V2G) qui offre la possibilité de rentabiliser l’investissement d’une voiture (qui sera immobile en moyenne 96% du temps) en revendant à prix élevé sur le réseau aux heures de pointe l’énergie emmagasinée à prix faible le jour et la nuit par la batterie. Cette pratique permet également d’amortir les chocs des pointes de demande sur le réseau en utilisant les batteries du parc automobile comme une colossale structure de stockage décentralisée.

Le V2G est hautement dépendant de la performance des bornes de recharge, technologie pour laquelle le Québec développe déjà une expertise. AddÉnergie, une entreprise de Québec, se spécialise en manufacture et en installation de bornes de recharge. Ayant déjà livré plus de 8000 bornes au Canada, dont 1500 pour le Circuit électrique québécois. AddÉnergie vise rien de moins que de sécuriser 5% des parts de marché de son secteur aux États-Unis, tout en maintenant la manufacture à son usine de Shawinigan.

Potentiel économique pour le Québec

Le Québec possède toutes les ressources pour bénéficier économiquement de la transition énergétique. En plus de l’avantage comparatif substantiel qu’est son énergie propre abondante à faible coût, le Québec détient également dans son sous sol des ressources essentielles comme le lithium pour les batteries et l’aluminium pour les voitures électriques, lui permettant d’être un acteur de premier plan pour l’électrification des transports.

Les expertises québécoises en intelligence artificielle et en technologie de l’information sont également des atouts colossaux pour performer dans l’économie de demain, considérant le potentiel de développement dans les voitures électriques puis autonomes, l’IoE, le développement des algorithmes de prévisions de la consommation et production de l’énergie, la cyber-sécurité des réseaux et le développement des outils informatiques nécessaires en prévision du futur « marché de l’énergie ».

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Ismaël Gueymard

Author Ismaël Gueymard

Ismaël a étudié en gestion à l’Université Paris-Dauphine ainsi qu’en sociologie et en gestion internationale à l’Université du Québec à Montréal. Trinational, il a acquis des expériences professionnelles et académiques au Canada, aux États-Unis et France. Ismaël se spécialise en immobilier, en infrastructures et en technologies.

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